lundi 23 janvier 2012

De quoi Stéphane Hessel est-il le nom ?

Plutôt que de mourir idiot, je me suis dit qu'il fallait bien que je prenne connaissance du cas Hessel, il me fallait surtout comprendre d’où vient cet engouement quasi unanime et universel à son sujet !
J'ai donc pris le temps de lire sa prose. Rien de bien spectaculaire le livre fait 32 pages, environ la moitié est réservée au texte, le reste sert à l'introduction et autres éléments biographiques. Ainsi, avant de me pencher sur ce phénomène de mode de voir des indignés de partout brandissant ce pamphlet telle la parole des Évangiles reprise en chœur par je ne sais quelle secte de Témoins de Jehova ou le livre de Mao pour les communistes nostalgiques, il me paraît important de préciser ceci : J'avais comme tout le monde entendu que le « doyen des droits de l'homme » faisait une fixation, dans son indignation, sur le problème palestinien. Mais j’étais loin d’imaginer à quel point !

En effet : Après avoir disserté, sur l’intérêt à s’indigner, à partir de notions on ne peut plus vagues, et de lieux on ne peut plus communs, le grand humaniste nous dévoile, ce qui visiblement a dû motiver sa prose :
« Aujourd'hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Ce conflit est la source même d'une indignation. » (p. 17).

Stéphane Hessel ne s’arrête pas là, dans son style autant pathétique qu’affligeant, l’auteur enfonce le clou et affirme :

« Je sais, le Hamas qui avait gagné les dernières élections législatives n'a pas pu éviter que des rockets soient envoyées sur les villes israéliennes en réponse à la situation d'isolement et de blocus dans laquelle se trouvent les Gazaouis. Je pense bien évidemment que le terrorisme est inacceptable, mais il faut reconnaître que lorsque l'on est occupé avec des moyens militaires infiniment supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être que non-violente. » (p. 18).

Mais que diable est-il arrivé à l’auteur pour s’être laisser aller à de telles inepties ? Et surtout comment un éditeur sérieux a-t-il pu laisser passer une telle coquille ? On est précisément en train de nous dire ici que le Hamas n’y est pour rien si des terroristes en manque d’inspirations lancent des roquets sur les villes israéliennes, et même qu’il aurait bien voulu empêcher que ça se produise, mais malheureusement, et malgré tout leurs efforts de bonne volonté pacifique, il n'ont pu l’éviter !

Imaginez un instant que le propos avait été dit à l’envers, ça donnerait à peu près ceci :  

« Je sais, le Likoud qui avait gagné les dernières élections législatives en Israël n'a pas pu éviter qu'une branche radicale de son armée infiltre les villes palestiniennes en réponse aux rockets incessantes envoyées sur les villes israéliennes ! Provoquant la mort de plus de 1400 civils ! Je pense bien évidemment qu'un tel comportement est inacceptable, mais il faut reconnaître que lorsque l'on est harcelé avec des rockets obligeant la population civiles des villes frontalière israéliennes à se cacher dans des abris comme des voleurs, avec des méthodes qu'on ne peut pas réglementer, que la réaction de certains puisse être à ce point disproportionnée. »

On peut imaginer le tollé médiatique qu’aurait pu provoquer de tels propos, s’ils avaient été écrits sous cette forme ! Sans parler des réseaux sociaux qui se seraient acharnés sur le pauvre vieillard comme sur le pauvre monde ! Certes dans la suite de l'ouvrage l’auteur amoindri quelque peu son scoop et finit par reconnaitre du bout des lèvres que de telles actions ne servent pas la cause du Hamas, mais voilà qu’il se ressaisit aussitôt pour nous dire :

« Ça ne sert pas sa cause [du Hamas], mais on peut expliquer ce geste par l'exaspération des Gazaouis. […] Alors, on peut se dire que le terrorisme est une forme d'exaspération. Et que cette exaspération est un terme négatif. […] L'exaspération est un déni de l'espoir. Elle est compréhensible, je dirais presque qu'elle est naturelle, mais pour autant elle n'est pas acceptable. Parce qu'elle ne permet pas d'obtenir les résultats que peut éventuellement produire l'espérance. »

Ainsi le donneur de leçon des droits de l’homme na rien d’autre à affirmer, pour dénoncer le terrorisme, que de le réduire à une simple exaspération ! C’est là la seule raison qui fait que c’est négatif ! Qu’importe si ça provoque la mort d’innocents, au contraire c’est là une attitude on ne peut plus naturel, dans une logique résistante ! Ainsi c’est uniquement du fait que ça n’apporte aucune solution de fond, pour l’intérêt de ceux qui s’y emploient, qu’il vaut mieux l’éviter et préférer une attitude « non violente » !

Il me paraît inutile à ce stade d’épiloguer davantage. Il y a méprise sur la marchandise et contrefaçon pour les misérables lecteurs. Aussi, ce qui m'intéresse plus dans cette affaire ce n’est pas tant le propos, qui en dit long sur les motivations du vieillard aigri, mais sur le phénomène Hessel. Phénomène interplanétaire, s’il en est !

Nous avons en place l’illustration même de ce qu’on peut appeler la défaite de la pensée. Le fait qu’un tel ouvrage ait pu acquérir l’adhésion quasi unanime, et déchaîner tant de passions, bien plus que les plus grandes stars du show-biz, en dit long sur la société dans laquelle nous vivons. C’est là à mon avis le signe de la décadence la plus manifeste de notre époque, celle du prêt à penser, du jetable. Voilà comment la génération du zapping trouve ici les plus belles pages de son histoire.

Comment après le siècle des lumières, après tant de philosophes et intellectuelles qui se sont efforcer d’éclairer le monde, on en soit arriver à nous faire avaler un manifeste aussi médiocre, qui, en s’affirmant vouloir nous montrer la voie de l’indignation n’affirme absolument rien, et ça marche ! Il suffit d’un « livre », qui ne vaut pas plus qu'un article de magazine dirait Lévinas, moins de 25 pages, pour créer un engouement interplanétaire et bouleverser le monde ! Il en faut si peu pour séduire la terre entière ! Consternant.

Si le but de l’auteur était de nous apprendre que le problème israélo palestinien est LE problème du monde aujourd'hui, que c’est là la première cause d’indignation, qui légitime toutes les autres, merci on le savait déjà ! « Rien de nouveau sous le soleil » dirait l’Ecclésiaste, c’est précisément ce que martèlent sans cesse les médias depuis plusieurs décennies !

Il ne s'agit pas de se disculper des critiques nécessaires, voir même des dénonciations de la politique aveugle du gouvernement israélien, dans ce conflit qui n’a que trop duré, ce que nous dénonçons ici c'est cette capacité à séduire la terre entière juste en les réconfortants dans une ineptie plus qu'inquiétante comme quoi c’est ici que se résume le problème du monde. En occultant résolument tous les autres, sans même toucher mot sur les endroits dans le monde où les droits de l’homme sont réellement bafoués. Inutile d’en dresser la liste. C'est ici que je me situe, si on veut vraiment s'indigner intéressons nous aux vraies problèmes et cessons de faire miroiter aux gens naïfs que le jour où l'État d'Israël sera éradiqué de la planète, je grossis le trait à dessein, le monde en aura fini de toutes ses misères !

Ce que je dis ici s'adresse avant tout à cette jeunesse, c’est pour elle que je plaide, ces pauvres gens, qu’on prends en otage pour leur faire croire dans la dimension eschatologique du discours du doyen des droits de l’homme, comme s’il y avait là LA solution à leur problème alors qu'il n'a fait qu’alimenter leur profonde ignorance des vraies problèmes dont ils sont victimes !

Faire dans l’antisémitisme c’est tourner résolument le dos aux vraies valeurs des droits de l’homme pour lesquelles il vaut réellement la peine de s’indigner ! Alors indignons-nous…

Hervé élie Bokobza

samedi 14 mai 2011

ISRAËL – PALESTINE La paix à la lumière de la Torah

Devant la situation qui ne cesse de se dégrader tant à Gaza que dans les territoires, il m’a semblé opportun de proposer ici quelques réflexions sur les fondements religieux de la conquête des terres par Israël, de leur évacuation et de la création ou non d’un Etat palestinien.

Un souvenir d’abord. C’est l’été 2005. Les Israéliens quittent Gaza. La télévision interroge un rabbin : « La Torah interdit d’abandonner ces terres. L’Etat l’a pourtant ordonné. Quelle loi allez-vous suivre ? » Le rabbin répond naturellement, qu’il faut respecter les textes sacrés.
Cette anecdote révèle les préjugés qui ont cours au sujet de la Torah, alors que le langage de paix participe de la nature même du judaïsme : Grande est la Paix car la Torah n’a été donnée que pour faire la Paix dans le monde. (Maïmonide, Mishneh Torah, lois de ‘Hannouca 4, 14, d’après Guittin 59, b).

Lors d’une réunion, une femme m’a apostrophé, en me demandant : « Où trouvons-nous mention d’un Etat palestinien dans la Torah ? ». Je lui ai répondu que la Halakha (ensemble des lois, sentences et prescriptions religieuses qui règlent la vie quotidienne des Juifs) pose le problème de manière différente : la question n’est pas de savoir quel texte permet la création d’un Etat palestinien mais de voir si la situation actuelle répond aux conditions requises par la Torah pour que la descendance d’Abraham puisse hériter de la Terre d’Israël.
S’il est vrai que la Terre d’Israël est patrimoine du peuple juif, comme on peut le lire dans l’Exode (6, 8) : « Je vous emmènerai vers la terre que J’ai juré de donner à Abraham » et « Je vous l’ai donnée en héritage », la promesse divine s’applique à ce peuple seulement. Elle n’oblige en rien les autres nations à œuvrer pour que le peuple d’Israël entre en possession de son héritage. La question de la légitimité est ainsi posée. Les sages appellent cette loi convention internationale : la Halakha considère en effet qu’une terre appartient au peuple qui y réside et ne peut être annexée hors du cadre de cette convention. Ce n’est pas un principe à sens unique, il s’applique aussi à la Terre d’Israël (cf. Guittin 38, a et les commentaires de Tossafot).

De même, le fait que les nations modernes acceptent le retour en masse des exilés suffit par exemple à rendre inapplicable le décret imposant à Israël, par voie de Serments, de ne plus « revenir en puissance » sur sa terre avant l’avènement messianique (Talmud, Kétoubot 111, a). Lors du retour des exilés de Babylone, vers 515 avant notre ère, le prophète Néhémie ne prit l’initiative de rebâtir Jérusalem qu’avec l’accord du roi Cyrus (Néhémie 2, 4-8, 17-18). Les adeptes de l’usage de la force au nom de la Torah oublient que c’est en se fondant sur cette mise sous condition précisément qu’une partie non négligeable du monde de la Torah a rejoint le projet sioniste auquel il était opposé. En constatant que les gouvernements des nations, réunis à San Remo, ont statué que la Terre d’Israël revient de droit au peuple juif, R. Meir Sim’ha ha Cohen (1843-1926), l’un des grands maîtres du judaïsme, conclut que les Serments n’étaient plus applicables. La mitsvah de s’installer en Terre Sainte redevient réalisable.

L’injonction de la Torah : Car vous hériterez [de la Terre], et vous vous y installerez. (Deutéronome, 11, 31), ne saurait elle non plus être mise en œuvre hors du cadre défini par la Halakha. Car plus aucune guerre de conquête n’est permise aujourd’hui. Tout doit se faire par la voie pacifique.

Le R. Moché Feinstein (1895-1986), grandes figures rabbiniques de son temps, confirme : "Du fait qu’une guerre représente une situation de danger de mort Pikoa’h Nefech, les conditions exigées par la halakha ne sont plus réunies de nos jours pour entamer une quelconque guerre de conquête. Et ce, même s’il s’agissait d’un commandement de la Torah". « Cela est d’une telle évidence, conclut-il, qu’il est hors de propos de le remettre en cause » (Igrot Moché, ‘Hochen Michpat vol. 2 chap. 78). Enfin, même le Rabbi de Loubavitch, R. M. M. Schneershon (1902-1994) — pourtant opposé à l’époque aux accords d’autonomie — affirmera : « Si l’on me demandait s’il faut sortir en guerre, juste pour élargir les frontières — sans lien avec la sécurité — ma réponse serait négative. Cette guerre serait contraire à la halakha » (Livre Betsel hakho’hma p. 166).

On le voit bien, la position de la Halakha sur la question des territoires, de l’élargissement des frontières et de l’établissement d’un Etat palestinien est loin du discours radical qu’on lui prête si souvent. Le judaïsme est une religion de paix et non pas une idéologie de la guerre.


Hervé élie Bokobza